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Correspondance d'un soldat en 1902


1902, Vierzon dans le Cher. La Grande Guerre n'est pas encore à nos portes, mais l'armée y prépare déjà ses hommes, sans le savoir. Il en sera ainsi pour Emile, futur poilu, qui lorsqu'il écrit ces quelques lignes à son épouse ne sait pas encore que bientôt il participera à l'histoire de son pays. Nous allons survoler son histoire grâce à quelques cartes postales sûrement retrouvées au fond d'un grenier.

 

Sans avoir fait une carrière militaire à proprement parler, Emile a tout de même été un militaire aguerri. A peine âgé de 18 ans, ce fils de cocher habitant à Vierzon dans le Cher, s'engage dans l'armée pour une période de 5 ans. C'est un jeune homme aux cheveux châtains et aux yeux gris, qui du haut de son 1,61 mètre arrive en 1888 à Briançon dans le 159ème Régiment d'Infanterie de Ligne.

 

De simple soldat à son arrivée, il en ressortira Sergent Fourrier, à la fin de son service, et sera nommé Sergent Major, un an plus tard, alors qu'il est passé dans la Réserve.

 

C'est à son retour dans sa ville natale qu'il épousera Marie, le lundi 16 octobre 1893. Il est alors comptable, mais continue à effectuer des périodes d'exercices au sein de l'armée. C'est pendant l'une de ces périodes qu'il entretient une correspondance avec son épouse, correspondance que nous allons pouvoir découvrir en partie. Il est alors à Avord, toujours dans le Cher à une soixantaine de kilomètres de chez lui. Admirons donc ses talents de dessinateur.

Nous sommes en octobre 1902, le 1er du mois plus précisément. Emile est en exercices militaires, et a laissé chez lui son épouse, ainsi que ses deux enfants, Emile âgé de 5 ans et Marguerite, nourrisson d'environ 5 mois.

 

Sur cette carte adressée à sa femme, il a dessiné "l'as de carreau". L'as de carreau, aussi dénommé havresac, est le sac porté sur le dos par les militaires. Ce sac contient tout leur équipement et peut atteindre jusqu'à 25 kg. On y trouve les vêtements et équipements, le nécessaire pour les armes, la pharmacie, la lessive, le nécessaire de toilette, une toile de tente avec ses piquets, etc... et sur le dessus, la gamelle du soldat.

  

On ne sait pas vraiment depuis combien de temps il est parti de chez lui, mais déjà cherche à revoir sa famille, ne serait-ce que pour une journée. Cet attachement familial, nous allons le retrouver tout au long de l'étude des quelques cartes postales envoyées à sa femme.

 

C'est que même en périodes d'exercices, la vie militaire est difficile, comme nous allons le voir avec la suite de ses courriers…

 

2ème partie



Nous disions que sa famille lui manquait, cela semble plus qu'évident en regardant ces deux cartes postales, sur lesquelles il a d'abord représenté sa femme et son fils, moment de tendresse au coucher de l'enfant, mais également une maison, son foyer peut-être. Lui-même est l'ainé de sa famille, il a eu trois frères dont un malheureusement décédé peu après sa naissance. C'est la rue de Tours à Vierzon qui le verra naître et grandir auprès de ses parents, pour s'engager dans l'armée comme nous l'avons vu l'année de ses dix-huit ans. Il quittera alors son foyer, et n'y reviendra pas puisque il se mariera à peine son service militaire terminé.

 

Et c'est encore pour servir cette armée qu'il a du s'éloigner de sa chère famille, mais il est décidé. Et malgré les difficultés, dont une blessure au pied qui semble le faire énormément souffrir, il réussit ses examens d'officier, ce qu'il annonce à sa femme, sûrement avec une certaine fierté.

 

Comme souvent chez nos soldats, les caricatures et dessins humoristiques sont de mise, et c'est avec l'un de ces dessins qu'il illustre sa vie militaire, un soldat avançant au pas, au rythme d'une chanson de marche "Les godillots sont lourds". Une chanson de marche n'est autre qu'une chanson dont le rythme permet de cadencer la marche des soldats, comme dont la fameuse rengaine des légionnaires connue de tous "Le boudin" (Tiens voilà du boudin, voilà du boudin…). Boudin qui en l'occurrence ne fait pas référence à la charcuterie, mais à la toile de tente que les militaires portaient en bandoulière, roulée sur elle-même et dont la forme rappelle celle d'un boudin, d'où le nom donné à ce matériel.

 

 

La chanson de notre soldat parle quant à elle de meunier et de bergère, moins engagée que celle des légionnaires. Voici le texte pour les curieux :

 

Là haut sur la colline,

il y a un moulin.

Là haut sur la colline,

il y a un moulin.

Le meunier sur sa porte

voit Rosette de loin.

Le meunier sur sa porte

voit Rosette de loin.

 

Les godillots sont lourds dans l'sac,

Les godillots sont lourds,

Les godillots sont lourds dans l'sac,

Les godillots sont lourds.

 

 

 

Bonjour, jeune bergère,

Où vas-tu si matin ? (bis)

Je viens, maître Jean-Pierre,

Vous apporter mon grain. (bis)

 

Les godillots sont lourds dans l'sac,

Les godillots sont lourds,

Les godillots sont lourds dans l'sac.

Les godillots sont lourds.

 

Pour vous, belle Rosette?

Je l'y moudrai pour rien. (bis)

Venez donc chez ma mère

Lui demander ma main. (bis)

 


Et pour les plus curieux encore, un extrait en musique ici.

 

Toujours est-il que notre bon soldat ne rêve évidemment pas de Rosette la bergère mais bien de Marie qu'il va retrouver bientôt, avec ses enfants. Son fils semble beaucoup lui manquer et pour lui montrer qu'il pense à lui, il lui envoie également des cartes postales, dont nous avons ci-dessous un exemple.

 

Bientôt la famille sera réunie, mais pour combien de temps ? La Grande Guerre n'est pas si loin, et il ne fait aucun doute qu'Emile sera le premier à s'y joindre, avec son fils qui sera alors en âge de se battre. Encore une séparation douloureuse, exemple même de ce que subiront toutes les familles des pays belligérants. Mais nous allons essayer d'en savoir plus sur le devenir d'Emile père et fils, et de leur famille.

 

A suivre...

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